Cheick Traoré, un sourire pour affronter les douleurs de la vie

Les regards se sont assombris instantanément. « Manu Perez, qui était à côté de moi, s’est tenu la tête et a tout de suite compris. » C’était cet été, lors d’un match amical à Genk. Cheick Traoré venait d’entendre un gros bruit dans son dos. « Ça a pété comme un ballon de baudruche qui éclate. J’ai cru que j’avais marché sur le système d’arrosage du stade. » Extrêmement apprécié par l’ensemble du groupe, le Franco-Malien voit ses potes s’inquiéter autour de la civière. « Ce ne sont pas des équipiers. Ce sont mes frères. » L’ancien joueur de Caen ou de Châteauroux se veut vite rassurant. « Ne vous en faites pas pour moi. Travaillez dur. Je ferai pareil. Et je reviendrai plus fort. Il y a des choses pires dans la vie. » Cette dernière phrase n’a rien d’anodine. Cheick Traoré sait ce que sont les galères, les vraies. Celles qui sont des déchirures pour toujours. Il n’a en effet que 15 ans lorsqu’il vit deux drames familiaux successifs. « J’ai perdu mon grand-frère de 28 ans, le jour de son anniversaire. Trois mois après, mon père est lui aussi décédé. C’est la vie, il faut l’accepter. On ne peut pas rester là-dessus. Dans ces moments difficiles, soit on prend un mauvais chemin et on se perd, soit on se bat pour avancer. On doit garder des buts dans la vie. »

« Beaucoup aimeraient être à notre place »

Cette blessure au tendon d’Achille, qui le tiendra encore éloigné des terrains de L1 pendant de longues semaines, il s’en serait bien passé. Mais son éclatante joie de vivre continue d’inonder les conversations de ceux qu’il a au téléphone. « Mes équipiers et le coach prennent régulièrement de mes nouvelles, ajoute-t-il depuis Clairefontaine où il poursuit sa remise en forme. Ce sont des bons mecs, un bon groupe de jeunes encadrés par des cadres. Ils ont la tête sur les épaules et continuent de bosser. » Au centre technique national, Cheick Traoré, qui court à nouveau et travaille le cardio, redécouvre les gestes simples du footballeur. « Je réapprends à sauter. J’avais tout perdu. » En compagnie d’autres pros blessés de longue durée, comme le Valenciennois Malek Chergui ou l’ex-Lillois Lebo Mothiba, il se bat pour revenir. « Je ne veux pas me fixer de date. Revenir pour revenir et me reblesser dans la foulée, ça ne servirait à rien. Je n’ai vraiment pas le droit de me plaindre. Quand on voit ce qu’il se passe dans la société, ces gens qui souffrent vraiment. Beaucoup aimeraient être à notre place. On a la chance d’être footballeur, de bien gagner notre vie. On se doit de garder notre bonne humeur.» Avant de répéter : « Vraiment, il y a pire dans la vie. » Et de sourire à nouveau.

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