Gervais Martel « Remonter tout de suite »

Après quelques mois, un nouvel entraineur, l’équipe a un nouveau visage. Tout ça a le don de donner de l’espoir à son président emblématique Gervais Martel. Cependant, le président lensois reste marquée par la descente de son club et en gardera un souvenir impérissable. Néanmoins, on pouvait compter sur son franc-parler et son amour du club ne faiblit pas, Gervais Martel veut faire remonter le club en Ligue 1 et son discours ne peut que le prouver. L’interview exclusive et en intégralité qu’il a accordé à nos confrères de La Voix du Nord :

– Gervais Martel, on imagine que vous digérez toujours très mal cet échec retentissant de votre club ?
« Le souvenir restera très longtemps car, naturellement, le Racing n’avait pas le profil pour être relégué. Mais plein d’événements se sont enchaînés. C’est un peu comme la pelote de laine qui se déroule. Un premier fil part, puis un deuxième et à la fin, vous n’avez pas plus de fil entre les mains ! Ce fut compliqué à vivre et ça reste compliqué à gérer aujourd’hui. Mais le club s’est remis à travailler, tout en intégrant la nouvelle réalité financière.
Le différentiel entre le budget de la Ligue 1 et celui de la Ligue 2 se situe dans une fourchette de 40-45 M E. Ce n’est pas rien. Il nous fallait donc rebâtir des stratégies financières à tous les niveaux. Cela s’est traduit par une politique salariale adaptée, qui a été bien acceptée, et des révisions importantes dans notre mode de fonctionnement, notamment certains créneaux un peu superflus en L2, comme la télévision (Onzeo). »

– On a évoqué une vague de licenciements au Racing…
« Contrairement à ce qui a été dit, les mesures d’allègement salarial ne concernent que sept ou huit personnes sur un effectif global de cent quatre- vingt. Nous avons la chance d’avoir encore des sources de profit intéressantes. Compte tenu de la diminution de notre budget de fonctionnement, le club a dû évidemment vendre (Coulibaly, Hilton, Bisevac). Il nous fallait jongler entre la nécessité d’alléger nos charges et celle de ne pas sacrifier nos chances de remonter. »

– La situation actuelle, avec des joueurs en instance de départ et d’autres qui débarquent, est assez floue…
« Elle l’est, mais à moins de donner une pilule aux joueurs pour les faire disparaître, je ne voyais pas d’autre solution pour gérer le dossier. Le marché des transferts ne bouge quasiment pas. Il va donc falloir attendre. Peut-être même jusqu’au 15 août, car il y a un décalage, en matière de calendrier, avec l’étranger. »

– Comment réagit Jean-Guy Wallemme dans ce contexte ?
« Très bien. De toute façon, tout le monde a intérêt à jouer le jeu, y compris ceux qui pourraient encore partir. Je constate que nous avons beaucoup de sollicitations pour nos joueurs. Celles-ci émanent le plus souvent de l’étranger. Normal. Nos soucis furent d’abord d’ordre collectif. La qualité foncière des joueurs n’a jamais été remise en cause. La cote d’un Kovacevic, par exemple, est au top. Pourtant, il est hors de question de brader qui que ce soit. S’il faut attendre Noël, nous attendrons Noël. Et s’il faut attendre l’année prochaine, nous attendrons là encore. Le RC Lens est peut-être descendu, mais on ne va pas le brader ! »

– Le Racing a souvent été attaqué sur le terrain de la formation. Et voilà que vous laissez filer Lacourt et Khiter à Valenciennes…
« Ça peut surprendre. Mais je rappellerai que Khiter a été prêté deux fois (à Ajaccio et Châteauroux) et qu’il n’a jamais été un titulaire indiscutable. Quant à Jo (Lacourt), il voulait du temps de jeu. Aujourd’hui, on a besoin de garçons qui se sont bien mis dans la tête qu’on ne va plus jouer la Coupe d’Europe mais la Ligue 2. Si on a des gens qui ne sont pas prêts, on ne gagnera pas la guerre ! Certains partent, d’autres arrivent. C’est le football qui veut ça. »

– Et Monnet-Paquet ?
« J’espère fortement qu’il va rester. Dans mon esprit, il n’y a aucun doute : il sera toujours Lensois. Je sais qu’il réfléchit, mais il vaut mieux être titulaire en Ligue 2 à Lens que de jouer dix matchs en Ligue 1 ou trois à l’étranger ! »

– Jean-Guy Wallemme, c’est un choix du coeur ou un choix raisonné ?
« Ce n’est pas seulement un choix du coeur, car Jean-Guy est quelqu’un qui a beaucoup de respect pour les valeurs du club. Il avait faim et il est très déterminé. J’espère que ça va fonctionner. Ce n’est pas simple pour un jeune entraîneur d’arriver chez les pros dans ce contexte. Mais, après tout, ce n’est peut-être pas plus mal d’être tout de suite dans le dur ! Connaissiez-vous l’entraîneur du Havre (Jean-Marc Nobilo) la saison dernière ? C’est pourtant lui qui les a fait monter… Ce sera dur mais, sur le papier, on a quelque chose qui tient la route. »
– On n’imagine pas que le RC Lens puisse demeurer plus d’une saison en L 2…
« Il est impératif de remonter tout de suite. Mais ce n’est pas parce qu’on le dit que les résultats vont suivre. La méthode Coué n’a jamais fait gagner les matchs. L’objectif, on le connaît et les gens qui ont été engagés en ont conscience aussi. J’espère de tout mon coeur que le ballon va se remettre à rouler correctement ; et il faut qu’il roule en direction de la Ligue 1 ! »

– Ne ressentez-vous pas de la lassitude ?
« Il n’y en a pas. De toute façon, s’il y en avait, le club n’existerait plus. Quand on est dans un tel tsunami, si on en a marre, on se suicide tout de suite, ça va plus vite, on n’est plus ennuyé ! Au contraire, j’ai la rage d’être descendu, parce qu’il y a eu des mauvais choix et parce que j’y ai ma part de responsabilités. J’ai envie de remonter vite, quand je vois tout ce qui a été fait à Lens. Mais chacun sait que ce n’est pas en répétant ça vingt fois qu’on remonte automatiquement. On va donc retourner au charbon humblement. Si on en est là, c’est qu’on l’a mérité.
Derrière, il y a une attente. Nous en sommes à près de 18 000 abonnés. On sent que les gens ont été tristes comme nous, mais qu’ils ont aussi envie de renaître. Les joueurs devront être imprégnés de la même détermination, sinon je vais m’occuper de l’affaire personnellement !
Les états d’âme, c’est fini. Contre Dijon, on se les mettra où je pense, les états d’âme, et on va jouer ! On a raté un virage, la voiture est cabossée, mais elle n’est pas encore bonne pour aller à la casse ! »

Propos recueillis par Pierre DIÉVAL
 Photo Emilie DENIS