RC Lens et le mercato 2014-2015: l’euphorie, les doutes puis le fiasco (1/3)

19 mai 2014. Depuis trois jours, le RC Lens, vainqueur sur la pelouse du CA Bastia (2-0), est officiellement de retour en L1. Les yeux encore lourds d’une fête qui a notamment vu Gervais Martel lancer un clapping sur la place de la mairie, les Sang et Or s’envolent direction Marbella pour un stage de fin de saison destiné à lancer les axes du mercato.

« Antoine Kombouaré en profite pour faire les bilans individuels, se souvient Ahmed Kantari, l’un des cadres du groupe. Il explique à certains qu’il ne compte plus sur eux. C’est dur à encaisser. » Jérôme Le Moigne acquiesce. « On nous a dit «
merci de nous avoir fait monter mais vous serez peut-être remplacé»
 . Nous, on entendait des noms circuler. Mais personne n’est jamais arrivé. » Même pas l’actionnaire azerbaïdjanais Hafiz Mammadov, attendu sur la Costa del Sol, mais finalement injoignable. « Ça a été le plus gros ascenseur émotionnel de ma vie, assure Pierrick Valdivia, encore touché par la situation. On est accueilli dans un aéroport de Lesquin en liesse, on fête la montée… Certains parlent déjà de renforts de poids, comme Chantôme et Hoarau. À Marbella, Mammadov n’est jamais venu. Là, l’atmosphère a commencé à changer. »

Déjà lourde, elle en devient électrique en juillet. Les interrogations sont sérieuses sur la capacité du club à persuader la DNCG, le gendarme financier du foot français, de valider sa montée. En salle d’attente, certains éléments vivent quelques scènes ubuesques. « C’était rocambolesque, explique Alaeddine Yahia. J’étais en fin de contrat en 2014. Je sortais d’une blessure au genou, je venais de me faire les croisés. Quand le club monte à Bastia, je resigne. Je reviens à l’entraînement un peu après les autres en raison de ma blessure. Un beau matin, on vient me voir, et on me dit « en fait, tu n’es pas qualifié. T’as beau avoir passé six ans ici, comme c’est une prolongation, t’es considéré comme un nouveau contrat. Or, il n’est pas validé. » »

Areola perd patience

Un stage de pré-saison se tient à Vittel du 10 au 18 juillet. Antoine Kombouaré, en grève, est absent. Lens est alors interdit de monter en L1 par la DNCG. Gervais Martel, sans nouvelle rassurante venue d’Azerbaïdjan, s’affaire pour gagner la bataille juridique. « J’étais sur un plan personnel dans une situation très exceptionnelle, rappelle Rudy Riou, le deuxième gardien. J’avais le droit à une année supplémentaire en cas de montée en L1. Si on ne montait finalement pas, je me retrouvais au chômage… La saison précédente, j’avais un peu mal vécu l’arrivée au poste d’Alphonse Areola. Mais comme il faisait le boulot sur le terrain, il n’y avait rien à dire. On lui devait une belle partie de la montée en L1. » Alphonse Areola, justement, refuse de jouer le match amical face à Troyes le 18 juillet. Le gardien souhaite rester à Lens mais, prêté par le PSG, il ne peut attendre plus longtemps un feu vert de la DNCG. Il signe au SC Bastia et fait partie de ceux ayant participé à la montée qui ne verront pas la Ligue 1 avec Lens. « Marcel Tisserand, qui était prêté par Monaco, était dans le même cas, se remémore Alaeddine Yahia. Il a fini par signer à Toulouse. Landry N’Guemo, venu de Bordeaux, avait donné son accord pour venir nous renforcer. Il avait effectué la préparation avec nous mais a finalement dû partir à Saint-Étienne. »

Le drapeau d’Azerbaïdjan arraché

A l’été 2014, les Red Tigers placardent la ville de Lens d’affiches «
Hafiz m’a tué
». PHOTO SEVERINE COURBE LA VOIX DU NORD – VDNPQR

Le 25 juillet 2014, Lens joue son avenir devant le CNOSF. Certains supporters escaladent les grilles de la Gaillette. Le drapeau azerbaïdjanais est arraché. « On était une quarantaine, notre mot d’ordre était de montrer notre colère, se souvient cet habitué de Bollaert depuis 2005. On ne savait pas trop quoi faire. J’ai vu le drapeau. Je suis monté au poteau, à une dizaine de mètres de hauteur. C’était haut quand même. Je l’ai arraché facilement. Ensuite, on est rentré dans le hall de la Gaillette. » Dominique Regia-Corte, responsable des relations entre les supporters et le club tente de calmer le groupe de fans qui lance un chant : « Vous avez tué notre Racing ! ». Il est sèchement rabroué. « Les jeunes du centre de formation ont pris un peu peur, mais ils ont vite compris que ce n’était pas eux qu’on visait, reprend l’arracheur de drapeau. Les membres des services administratifs sont sortis de leurs bureaux et sont venus discuter avec nous. Eux aussi attendaient des réponses. Ils jouaient leurs jobs dans cette histoire ! » Quelques heures plus tard, la décision tombe : Lens jouera en L1. Mais, dans la foulée, la DNCG l’interdit de recrutement.

« J’ai attendu jusqu’au 30 septembre et j’ai signé à Caen, conclut Alaeddine Yahia. En partant, je me suis revu en 2008. Jérôme Lepagnot, l’intendant du club, était venu me chercher à l’aéroport. La veille, j’étais à Nice, sur la plage, au soleil. Les nuages étaient si bas à mon arrivée dans le Pas-de-Calais que je m’étais dit « Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici ? » Et là, six ans plus tard, en quittant ce club que j’aimais tant, j’avais les larmes aux yeux. »

>>> Retrouvez mardi notre deuxième volet : Antoine Kombouaré, la grève de la discorde

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