Et si le Racing descendait en Ligue 2 ?

Et dire que ce devait être la saison des anniversaires ! Au lieu de fêter ses vingt ans de présidence et les dix ans du titre de champion, Gervais Martel est un supporteur angoissé et un chef d’entreprise inquiet. Une éventuelle descente du RC Lens en L2 serait à la fois un sérieux coup d’arrêt sportif et plus qu’un coup dur sur le plan économique. Comme disent les financiers, la récession guette et l’avenir est incertain

Même si en France nous restons des « petits joueurs » par rapport à l’Angleterre, l’inflation des droits télé a gonflé les budgets au début des années 2000, le bond le plus spectaculaire datant de 2005 avec les fameux 600 millions par an de Canal+.

Lens a parfaitement su surfer sur cette vague et profiter de la manne pour grandir. Grâce à ses belles performances (quatrième en 2006, cinquième

en 2007) et à l’attractif stade Bollaert, il a su hisser son budget dans le « Top 5 » de la L1 : entre 45 et 50 M€ cette saison (60 M € si l’on ajoute les filiales).
Ce beau développement sera freiné cette saison, quoi qu’il arrive. L’argent de la télé représente une part importante du total, puisque le Racing a touché 34 M€ en 2007 et 32 M€ en 2006. À la lecture de ces bilans, l’éternel optimiste et ambitieux Gervais Martel était donc reparti cette saison sur un budget anticipant la cinquième ou la sixième place, soit une fois encore un peu plus de 30 M€ de droits télé. Le mauvais parcours des Sang et Or l’oblige désormais à prévoir un déficit important.

Si Lens se maintient. – Il parviendrait à limiter la casse. La dix-septième place qui fait aujour- d’hui rêver les Lensois rapporterait environ 23 M€ (1) de droits télé, ce qui ferait un manque à gagner minimum de 7 M€. Ce serait lourd à digérer, mais le Racing est suffisamment costaud pour s’en remettre sans trop de dommages. Un peu de rigueur, on tape dans les économies, et c’est reparti.

Si Lens descend. – Là, on change d’échelle. Les pertes de la saison s’élèveraient au bas mot à 9 M€. Surtout, dès la saison prochaine, Lens ne pourrait plus espérer qu’un maximum de 5 M€ de droits télé, soit un manque à gagner de 25 M€ ! À cela, il faudrait ajouter mécaniquement un peu de perte du côté de la billetterie (des recettes d’environ 6 M€ cette saison) et un coup de frein côté partenaires (15 M€). En L2, Lens serait sans doute contraint de repartir sur un budget de 20 M€ maximum.

Quelles conséquences ? – Gervais Martel, qui n’aime pas évoquer ce scénario catastrophe (et on le comprend), a toutefois déjà prévenu que le club pouvait tenir le choc. Il semble disposer de 25 M€ en fonds propres qui peuvent éponger le déficit, au moins en partie, si nécessaire. Ce trésor de guerre permettrait d’assurer la transition. À noter qu’en cas de descente, la remontée dès la saison suivante est plus que souhaitable car elle permet d’atténuer les effets sans désorganiser tout un club. Nantes vient de le faire. Montpellier, en revanche, galère depuis des années.
Tout de même, s’il y a descente, il semble évident que l’entreprise RC Lens (deux cents salariés tout compris) devra se serrer la ceinture à tous les niveaux. Le secteur pro est bien sûr celui où il est plus facile de faire des économies. Les joueurs à la plus forte valeur marchande (Hilton, Coulibaly, Kovacevic, Belhadj) pourraient être mis sur le marché. À ce propos, quid de Dindane, sans doute le Lensois le plus suivi, qui est blessé pour six mois ?
À noter que la charte du football français protège en partie les clubs relégués. Une baisse collective de 20 % sur les salaires s’applique ainsi automatiquement, sans rien changer aux contrats des joueurs. Le club peut également proposer individuellement des baisses de 30 %, 40 % ou 50 % en fonction de l’importance du salaire, mais à ce moment-là le joueur visé retrouve sa liberté s’il n’est pas d’accord et peut partir sans indemnité de transfert. •
 

PHOTO PATRICK DELECROIX