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Entretien avec… Teddy Chevalier, co-meilleur buteur de Belgique, qui revient sur son rêve brisé au RC Lens
Publié le : 17/02/2018 – 12 h 30

Au micro de Foot Mercato, l’actuel co-meilleur buteur de la Jupiler Pro League, Teddy Chevalier (30 ans), s’explique sur sa belle réussite avec le KV Courtrai cette saison et s’exprime pour la première fois sur son épisode lensois, encore douloureux aujourd’hui.

Teddy Chevalier avec le KV Courtrai
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Foot Mercato : tu viens de prolonger ton contrat à Courtrai jusqu’en 2021. C’était déjà dans les tuyaux depuis quelques semaines ou les négociations se sont déroulées rapidement ?

Teddy Chevalier : en fait, en décembre, on m’avait déjà dit qu’on en parlerait bientôt, dès que le maintien serait validé. C’est chose faite maintenant, et la direction a tenu parole. Avec mon agent, on a vite trouvé un accord et ça s’est fait très vite.

FM : la prolongation intervient justement après ton triplé de samedi dernier face au Royal Antwerp (4-0). C’est une coïncidence ?

TC : c’est une simple coïncidence. Depuis vendredi, la veille du triplé, je savais déjà que j’allais signer mon contrat en début de semaine.

FM : c’est le premier triplé de ta carrière. Qu’est-ce qu’il s’est passé samedi dernier ? Tu t’es senti dans un grand jour ?

TC : oui, c’est le premier triplé de ma carrière. J’ai déjà mis des doublés, mais jamais de triplé. Ça m’est tombé dessus comme ça, je suis super content et j’espère que ça va en amener d’autres. Sincèrement, avant le match, j’étais très très fatigué, je ne sais pas pourquoi. J’ai même dit à ma femme que je ne me sentais pas bien. Avant le match, j’en parle aux joueurs, je leur dit que je vais faire un sale match, et au final, je marque trois buts et je délivre une passe décisive. Parfois, on ne se sent pas bien, et on sort un match de fou. C’est bizarre mais ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. Avant mon doublé à Genk, c’était pareil, je ne me sentais pas bien avant le match et pourtant…

FM : et avec ce triplé, tu comptes désormais 14 buts en 26 matches, et tu passes meilleur buteur du championnat, ex-æquo avec Isaac Kiese Thelin du Waasland-Beveren. C’est un objectif pour toi, ce titre de Taureau d’Or (meilleur buteur du championnat belge) ?

TC : ce n’était même pas un objectif pour moi d’être meilleur buteur du championnat. Mon objectif, c’était de marquer 8 buts à la trêve et en fin de saison de battre mon record personnel de 12 buts sur une saison. C’est désormais chose faite et maintenant ce n’est que du bonus. Je vais en profiter un maximum et essayer de faire encore mieux.

FM : tu as l’impression d’avoir passé un cap cette année ?

TC : pour être franc, en début de saison, j’avais de grosses ambitions. Je suis très exigeant avec moi-même. J’ai fait un gros travail physiquement et j’avais la volonté de faire une grosse saison. Je ne suis pas parti en vacances cet été, j’ai continué à courir de mon côté. Le travail a payé, c’est ma meilleure saison, je suis très content. Je dois continuer comme ça, avec du sérieux et de la détermination.

FM : tu as 30 ans, tu es donc considéré comme un joueur d’expérience aujourd’hui. Est-ce que toute cette consécration arrive au bon moment pour toi finalement ?

TC : souvent, on dit qu’à 30 ans, on est dans la force de l’âge. Avec les dernières expériences que j’ai eues, la Turquie (Rizespor) et le RC Lens, j’ai beaucoup mûri. Maintenant, je suis beaucoup plus serein. Je prends moins les choses à cœur. Je ne suis finalement pas surpris de cette réussite car j’ai beaucoup travaillé. Je suis content d’être récompensé de mes efforts.
La plénitude en Belgique avec Courtrai

FM : en plus de tout ça, c’était ton 200e match en Jupiler Pro League samedi dernier, décidément ! Tu te sens bien dans ce championnat, c’est une ligue qui te correspond ?

TC : c’est vrai que je me sens bien en Belgique. Ici, je suis connu, je me suis fait un nom. C’est un championnat qui me correspond, effectivement. Même si j’ai eu des années plus difficiles que d’autres, j’ai toujours marqué des buts ici. Je reviens de loin.

FM : justement, tu t’y sens bien mieux qu’en France, là où tu n’as malheureusement pas réussi à t’imposer, à Lens (arrivé en juillet 2016) ?

TC : en Belgique, on me fait confiance. À Lens, je n’ai eu aucune confiance, clairement. Malgré un beau discours d’Alain Casanova (ndlr : coach du RCL à l’époque) où il m’appelle pour me faire venir. J’avais l’impression d’être Messi à l’écouter. Il m’a fait des promesses qu’il n’a pas tenues. Ce n’est pas un homme de parole. Mais ce n’est pas pour autant que je me suis fait remarquer. Je suis toujours resté droit dans mes bottes. À plusieurs reprises, j’ai essayé de lui en parler. Entre ce qu’il m’avait promis et ce qu’il a fait réellement, c’était totalement différent. Il ne m’a pas fait confiance et c’est avec grand regret.

FM : à Lens, en six mois, tu fais seulement deux petits matches de Ligue 2, mais pas une seule fois titulaire. Pourquoi ?

TC : je suis arrivé en méforme. J’avais prévenu Alain Casanova au téléphone. Il m’avait dit que ce n’était pas grave, qu’on allait travailler ensemble, que j’allais revenir en forme. « J’aime ton style de jeu, tu es un peu comme Gignac quand il jouait pour moi à Toulouse. N’importe où, tu as toujours marqué des buts, donc à Lens, tu marquera des buts, je serais derrière toi pour revenir au haut niveau », il m’a dit ça au téléphone. Il savait que j’étais en méforme, le club savait, mes agents l’avaient prévenu. Quand je suis arrivé le premier jour, j’ai déjà senti qu’il y avait un problème. Je n’ai pas compris pourquoi il ne m’avait pas fait confiance et pourquoi il ne m’a pas donné ma chance.

FM : la seule fois où tu as été titulaire finalement avec Lens, c’est en Coupe de la Ligue, contre le Paris FC (0-0, 6-7 tab), où tu manques ton tir au but, et Lens est éliminé derrière… C’est un souvenir douloureux pour toi ?

TC : c’est la seule chance que j’ai eue. J’ai joué avec des gamins de 18 ans et je n’étais pas totalement prêt. Malheureusement, je rate le dernier tir au but. Cela arrive à tout le monde. Higuain a raté un penalty lui aussi cette semaine en Ligue des Champions. À la base, je ne voulais pas tirer, je ne suis pas dans la liste des 5 tireurs, je suis en 8e position. Je n’étais pas censé tirer. Depuis que je suis professionnel, j’ai tiré et raté deux penaltys. Je ne suis pas bon dans ce domaine, ce n’est pas pour moi. Je ne veux jamais les tirer. À Courtrai aujourd’hui, je suis troisième sur la liste. Après ce match contre le Paris FC, je n’ai pas dormi de la nuit…

FM : justement, après ce match contre le Paris FC (23 août 2016), tu n’as plus jamais joué pour Lens…

TC : le lendemain matin de ce match, il (Casanova) me convoque dans son bureau, à 9h. Il me dit droit dans les yeux : « je ne compte pas sur toi, tu ne joueras plus ici avec moi ». Je n’en avais jamais parlé publiquement, j’ai pris sur moi. Je me souviens lui avoir dit : « écoutez coach, vous pouvez avoir ce discours-là avec moi, mais je vais quand même me battre pour jouer ». J’avais l’impression qu’il me mettait des bâtons des les roues. J’aurais pu tout faire, je n’aurai jamais pu jouer avec lui. En novembre/décembre, je marquais pourtant à tous les entraînements, j’étais chaud, mais il ne me calculait même pas. Pendant deux mois, j’ai travaillé et je suis revenu au top de ma forme. J’étais vraiment bien, tout le monde me le disait. Mais il ne m’a pas donné ma chance, jamais.
Lens, un rêve de gosse brisé

FM : qu’est-ce que tu aurais pu faire de plus pour avoir ta chance avec Alain Casanova ?

TC : c’était cause perdue. Même une fois, j’avais un problème à une côte. Elle avait bougé. J’ai appelé pour prévenir que je devais voir l’ostéopathe ce jour-là. Et quand j’arrive au club, il me fait passer pour un menteur. Il me convoque directement dans son bureau et il me dit : « si t’as pas envie de t’entraîner, il faut me le dire ». Il a même appelé mes agents pour dire que je n’étais pas présent à l’entraînement. Ensuite, l’ostéopathe confirme que j’ai un problème et que je ne peux pas m’entraîner. Je ne sais pas ce qu’il avait contre moi, mais j’aurai pu faire ce que je voulais, j’aurai même pu le payer, il ne m’aurait jamais fait jouer.

FM : est-ce qu’il y a eu un problème entre vous ? Une embrouille ?

TC : jamais de la vie. Quand j’entends ça, ça me met hors de moi. Vous pouvez demander à n’importe quel joueur de cette époque, ils ne comprenaient pas. Je ne me suis jamais embrouillé avec Éric Sikora (ndlr : coach de la réserve à l’époque), ou avec Casanova. Je l’ai toujours respecté. Et même avant de partir, je lui ai souhaité bonne continuation, et j’ai souhaité à l’équipe de monter en Ligue 1. Dans le football, on ne peut pas s’entendre avec tout le monde. Mais je ne lui ai jamais manqué de respect.

FM : en plus de tout ça, tu es fan du club depuis tout petit, tu es né à quelques kilomètres de Lens (à Denain), c’était donc un rêve de gosse de jouer là-bas ?

TC : c’est exactement ça et Alain Casanova a brisé mon rêve de gosse. Pour ça, toute ma vie je lui en voudrai. Même encore aujourd’hui, je suis avec Cédric Berthelin (ndlr : ex-Lensois, actuel entraîneur des gardiens à Courtrai), combien de fois je lui ai dit « il m’a brisé mon rêve »… Les premiers mots de Cédric quand je l’ai vu, c’était « mais comment t’as fait pour ne pas t’imposer à Lens ? ». Je suis arrivé en méforme, oui, je l’accepte, mais j’ai travaillé par la suite et je suis revenu au top. Même avec ça, il ne m’a jamais calculé…

FM : tu n’étais pas le seul à être mis à l’écart à Lens cette année-là ?

TC : effectivement, il n’y avait pas que moi. Loïck Landre aussi par exemple et bien d’autres. Il nous a mis à la cave sans raison, il ne parlait même pas avec nous. C’est simple, il avait ses 11 joueurs et c’est tout. À l’entrainement, on était des plots. Pendant 6 mois, j’étais un simple plot à l’entraînement. C’est difficile à accepter mais tu ne peux rien faire. J’aurais pu jouer avec lui pendant 3 ans, il ne m’aurait jamais fait jouer.
« J’aurais même pu le payer, Casanova ne m’aurait jamais fait jouer »

FM : Alain Casanova, c’était une gestion de groupe particulière ?

TC : sa gestion de groupe était catastrophique. Maintenant que je ne suis plus à Lens, je peux vous dire la vérité. C’était du grand n’importe quoi. Franchement, je ne comprends même pas comment il a pu faire une saison comme Lens a pu faire, aux portes de la montée en Ligue 1. Avec une organisation comme ça, il n’y avait aucune concurrence. Sincèrement, c’est malheureux pour le club et pour les supporters, mais je ne sais pas comment il a fait, il a eu de la chance toute la saison.

FM : à quel moment tu as compris que c’était terminé pour toi à Lens ?

TC : je me souviens d’un match à l’entraînement, on gagne (5-0) contre la réserve. Je marque 1 but et je fais 2 passes décisives. Le lendemain, il me fait faire une séance vidéo avec Viktor Klonaridis et l’entraîneur adjoint, pour voir les tactiques de match. Le match qui suivait, c’était Bourg-en-Bresse à domicile (9 septembre 2016). Je me suis dit, c’est bon je vais jouer. La veille du match, on découvre le groupe dans le vestiaire, je ne suis pas retenu. Tout le monde me regarde. Dans leurs yeux, c’était l’incompréhension. La scène était incroyable. À partir de ce moment-là, j’ai compris que c’était vraiment fini pour moi.

FM : tu as l’air très marqué par cette période lensoise ?

TC : sincèrement, j’en ai gros sur la patate. Les supporters me voient comme un échec. Comme quelqu’un qui n’a pas le niveau pour jouer à Lens. Mais je n’ai pas eu ma chance, tout simplement. Parfois, ça me fait mal de lire ou d’entendre des choses, parce que tu ne peux pas prouver. Je sais que j’aurais pu faire mieux et c’est le plus gros regret de ma carrière.

FM : encore aujourd’hui, cet épisode te fait mal ?

TC : je suis touché parce que c’était mon rêve de gosse. Dans ma chambre, quand j’étais petit, c’était rouge et jaune partout. Il ne restait plus une place sur le mur. Il y avait des articles, des photos, des posters, des écharpes de Lens… Et mon rêve de jouer à Lens s’est transformé en cauchemar.

FM : un jour, si Lens te rappelle, tu dis quoi ?

TC : c’est difficile de revenir dans un endroit où tu es considéré comme un échec. Si jamais Lens m’appelle un jour et me propose quelque chose de concret, avec des garanties d’avoir ma chance, pourquoi pas. Par exemple, je me souviens que même avant, quand j’étais en Turquie, Antoine Kombouaré me voulait à Lens. Il m’avait appelé en me disant « je te veux à Lens, mais je ne te garantis pas une place de titulaire. Si tu viens, il va falloir prouver. » Je préfère ce genre de discours, honnête.

FM : finalement, ta belle saison à Courtrai te permet de voir plus loin. Quels sont tes objectifs à court terme et à long terme ?

TC : déjà, finir la saison au top. Continuer à faire gagner l’équipe et essayer d’accrocher les Playoffs 1. Je suis toujours ambitieux et j’ai toujours envie d’aller vers le haut. Pourquoi pas, un jour, jouer l’Europe, la Ligue Europa avec Courtrai. C’est mon objectif avant de finir ma carrière. Si je dois finir à Courtrai en jouant l’Europe, ce sera une belle histoire.***