J.Muller « une cure de réalisme »

A Lens de 2001 à 2005, Joël Muller est le dernier entraîneur à avoir conduit les Sang et Or en Ligue des champions. Son regard sur une descente très éloignée des moyens lensois.

• J
oël Muller, vous avez passé presque quatre saisons sur le banc lensois, un record de longévité dans ce club. Imaginez-vous d’abord l’ambiance aujourd’hui là-bas ?
« Sauf uneinfime minorité de fanatiques excessifs comme il en existe partout, qui s’expriment violemment, l’immense majorité des supporters lensois sont tristes et malheureux car leur identification au club est très forte. Le RC Lens appartient à leur vie, à leur quotidien. Ils sont d’autant plus stupéfaits que la dernière descente remontait à vingt ans. »

• Juste avant de se séparer de vous, début 2005, Gervais Martel avait lancé un projet ambitieux. On en est loin…
« Il nous demandait, dans les cinq ans à venir, de nous qualifier aumoins trois fois pour la Ligue des champions. Trois ans après, en effet, on peut dire que Lens se trouve à l’opposé de ses projets. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat d’aujourd’hui ne correspond pas au poids économique du club. Lens, c’est plus de 45 millions d’euros de budget. Metz, à titre de comparaison, 24 millions… »

• Comment expliquer pareil fiasco alors ?
« J’ai l’impressionque le bon sens, la raison, la réflexion ne l’ont pas emporté. Il a manqué une ligne de conduite parce que trop de changements sont survenus a gré des influences. La venue de Guy Roux, c’était un coup médiatique n’entrant pas dans le cadre d’une réflexion sportive. Le remplacer par Jean-Pierre Papin, très peu expérimenté, c’était un nouveau changement radical, puis associer Daniel Leclercq à Jean-Pierre Papin servait essentiellement à calmer les supporters. Pas grand-chose n’a semblé répondre à une analyse sportive. »

• Comment, avec un tel effectif, peut-on en arriver à un tel échec ?
« Il y a assurément un paramètre qui relève d’une sorte de destinsportif. Beaucoup de matches ont été perdus de très peu, la poisse s’est installée et elle n’a jamais disparu. Dix ans après avoir été assez heureux pour remporter le titre, à la différence de buts, les Lensois ont cette fois connu tout l’inverse. Et pourtant, ils ont fourni de nombreux bons matches. »

• Pensez-vous Lens capable de se remettre de cette déconvenue ?
«Je ne pense pas que ce soit un frein à la progression du club, même s’il n’est jamais commode de se sortir de la Ligue 2. Lens a vu très, très grand, cette descente aura peut-être l’effet d’une cure de réalisme, sinon de modestie. C’est un échec équivalent à ce qu’aurait représenté une descente du Paris SG. »